Gil Graff

Une critique sympa de Phil Becker.

http://imaginr-chroniques.blogspot.fr/2017/12/vous-aurez-de-mes-nouvelles-dans-les.html

 


Retour à Tours et le miel de la révolte.

 

Je suis invitée à Polar sur Loire, ça se passe à Tours le 25 novembre. Je suis super contente puisque cela me permet une sorte de pèlerinage.

Je réside dans les Pyrénées Orientales depuis presque 30 ans.  Mais, j’ai vécu à Tours une période particulière, celle de mon adolescente jusqu’à mes premières années – de ce qu’on appelle maintenant – de jeune adulte, donc on va dire dix ans.

Je suis passée de l’institution Sainte Jeanne d’Arc Notre Dame de la Flèche (en Sarthe) pour intégrer le CES Pasteur à Tours au cœur de la cité du Sanitas.

Pour qui connait Tours, des rives du Cher jusqu’au bout la rue Nationale c’est une ligne droite de deux kilomètres et demi. J’ai arpenté la ville d’un bout à l’autre puis dans tous les sens, à pied, toujours à pied, il y avait bien le bus mais je n’avais pas beaucoup d’argent de poche et marcher à travers une ville est encore le meilleur moyen de la connaitre.

Evidemment tout va avoir changé, j’ai changé moi aussi. Un matin de Janvier 1985, j’ai quitté Tours dans une vieille Ford Taunus break. Je reviens à bord de mon pick-up Nissan Navara, j’aime bien les véhicules trop grands pour moi. Ma mémé Graff me disait : ne t’attache pas à ce qui ne rentre pas dans une valise, je vois un peu plus grand : je ne m’attache pas à ce qui ne tient pas dans mon véhicule. Dès fois que… En 1985 je partais avec une envie d’écrire jamais avouée à personne, je reviens avec mes bouquins. Le dernier, « Vous aurez de mes nouvelles dans les journaux » écrit il y a quelques années, a pour décor une station-service basée à Tours:-).

Le miel de la révolte !

Ce miel 2017 que j’ai réussi à produire cette année, une personne connaissant mon parcours l’a nommé par boutade : le miel de la révolte.

Lorsque j’ai démissionné de mon emploi de fonctionnaire je n’ai vu que de la crainte autour de moi. On me plaignait, folle inconsciente que j’étais. Je quittais la sécurité pour faire quoi ? Rénover une vieille bâtisse à l’orée d’un village perdu dans l’arrière-pays ! Faire de l’apiculture et écrire des histoires ! Ben oui, je voulais faire ça moi. Mais tu vas être pauvre ! Certes, mais au moins ma vie est riche. Je vais pas mentir, je ne « travaille » plus au sens latin du terme mais j’ai, on va dire : énormément d’activité physique. J’ai bataillé tout l’été contre les frelons asiatiques, j’ai essuyé les moqueries de quelques personnes, j’ai bravé la chaleur, transpiré (j’en ai chié) mais j’ai réussi à récolter un putain de miel délicieux, le miel de la révolte : la mienne. Je ne voulais pas mourir lentement dans la torpeur de la sécurité de l’emploi.  Je ne voulais plus de ce confort-là.

J’ai écrit aussi, dans ma tête, tandis que je me battais avec les putains de genêts –il parait qu’il faut les couper trois fois avant qu’ils disparaissent pour de bon– mon imagination a commencé à vagabonder, j’ai vu se dessiner des personnages, je me suis attaché à certains et voilà que se dessine doucement une possible suite à « Chronodrome : Requiem… » oui, cette histoire qui m’est si chère.

Ecrire : je sens que je vais m’y remettre… demain ou après-demain, bientôt.

Cette ville, Villonne, basée dans le sud où se déroule l’histoire de Concerto pour l’abattoir et de Chronodrome. Cette ville que je décris, avec ses deux ponts, la place Jean Jaurès et son palais des sports. Cette ville me manquait.

Villonne, en réalité, c’est Tours sous la pluie…

 

 

 

 

 

Posté par Gil Graff à 18:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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Petite surprise de la vie... C'est tragique mais ça reste comique et me permet une chute sympa... Mais vrai.

Faut que je le raconte à quelqu’un... Oui, je pourrais en faire une nouvelle, mais bon, entre ce que j’écris et ce que je réussis à faire publier autant que je relate ça sur le blog… Il est d’ailleurs question d’édition.

J’étais invitée à Nîmes en Noir pour parler de mon  peu diffusé « Chronodrome : Requiem ». Les organisateurs sont sympas (ben évidemment vu qu’ils m’invitent et même qu’ils aiment cette histoire). Il y était question de la « marge », de la marginalité.  

Comme d’habitude je perds un peu mes moyens, j’écoute les autres et j’ai l’impression que lorsque ce sera mon tour ils auront tout dit. Je passe donc sur le contenu de mon intervention. A la fin je précise quand même que je suis tellement en marge que je n’arrive même pas à dénicher un éditeur avec une diffusion nationale…

Arrive le moment où nous passons à table, il y a cet instant de flottement où on n’ose pas s’asseoir. Mon éditeur au grand cœur celui qui me publie en local en sachant qu’il ne peut me propulser en dehors du département, tergiverse et comme je nous trouve un peu ballots à tripoter les dossiers des chaises, je finis par prendre place au hasard. Hasard, mon ami hasard… Une dame, une éditrice se retrouve donc à côté de moi elle est ainsi face à son auteur (une femme) qu’elle accompagne.

Gentiment, elle me demande pourquoi, ou comment je ne sais plus bien, j’affirme avoir des difficultés pour être publiée.

– Ben par exemple, j’envoie mon texte chez vous en priorité car je pensais correspondre à votre ligne éditoriale mais je suis retoquée.

Mon interlocutrice me regarde un peu étonnée. Elle ne pense pas avoir eu mon texte un jour sous les yeux. Bon, c’était il y a longtemps, juste après Cylibris, je lui donne les dates, je précise … Bref. Nous convenons que c’est un acte manqué. Pas grave du tout. Tiens, tu parles, je suis juste en train de tailler la bavette avec l’éditrice dont je rêvais et qui me dit qu’elle m’aurait bien vue appartenir à sa maison. Je reste souriante, tranquille, la vie m’a appris à camoufler mes émotions.

Comprenez-moi, cette dame ne se doute pas qu’elle et sa maison d’édition représentaient le summum, l’aboutissement. Lorsque j’écrivais la nuit, j’espérais alors que c’est chez elle que mes manuscrits deviendraient livres. Parce que je voulais être éditée par cette femme, parce que j’aimais le nom de sa maison d’édition, le format de ses ouvrages, parce que les propos qu’elle tenait dans les interviews, que j’avais pu glaner sur internet, lorsqu’elle définissait sa ligne éditoriale, semblaient me correspondre.

Le jour où j’avais essuyé sa lettre de refus pour Chronodrome, ma déconvenue a été si grande que je n’ai même pas tenté d’autres éditeurs nationaux.

On sympathise, on discute, au lieu de mourir de chagrin je mange ma salade de chèvre chaud. Je boirais bien pour oublier, le vin blanc n’est pas mauvais, mais je dois encore parler aux gens dans l’après-midi, parler de mon livre, de mes personnages.

Elle bataille avec sa viande et moi, je lorgne ses frites… Je ne mange pas de mammifère or les frites accompagnent souvent les plats de viande.

– Tu ne manges pas tes frites ?

Non, vas-y, prends.

Elle ne m’a pas publié, mais j’ai mangé les frites dans l’assiette de Marion Mazauric !