Gil Graff

Quand ça veut pas, ça veut pas, mieux vaut en rire...

Le 16 décembre 2018, j’ai été réveillée à 6 heures par un sms. Il provenait de l’EDITRICE !  (voir l’article du mars 2016). Et là, je lis encore ensommeillée (j’écris la nuit): que la dame pense à moi parce qu’elle fait du rangement dans son bureau et qu’elle vient de tomber sur mon livre « requiem… » et qu’elle se demande si je n’ai pas un manuscrit à lui envoyer car elle aimerait bien le lire.  

J’ai pris le temps de boire un café et j’ai relu le message, plusieurs fois. Le problème : des manuscrits (histoires plutôt) en cours j’en ai plusieurs, je les abandonne, les relis, les reprends, bref, j’écris comme une  qui prend son temps, une…. Dilettante je suis, dilettante je reste.

Bon, quoi lui annoncer à la dame ? La vérité, c’est plus simple. Donc je lui réponds que j’ai plusieurs histoires en cours mais rien d’abouti, mais « Personne ne parlera de nous lorsque nous serons morts » m’est régulièrement demandé surtout que nous allons passer en 2019 et qu’il va y avoir l’anniversaire de la retirada février 39…. Donc peut-être une réédition avec une vraie diffusion nationale ?

J’envoie mon sms le cœur battant.

La réponse de la dame » : oui je suis intéressée, peut-être en grand format en mai ? Mais trop tard pour les commémorations, mais parlons-en, et le jeunesse aussi (c’était pour Concerto pour l’abattoir) parlons-nous…

Ben tu parles que j’ai envie de lui causer, mais je me tempère.

La dame m’indique les jours où elle est trop occupée et propose, pourquoi pas ? après les vacances de Noël.

J’essaie, tant que faire se peut, ne pas être une emmerdeuse, je diffère donc et lui dis, que c’est d’accord, nous verrons ça à la rentrée.

Si j’étais contente ? J’étais carrément sur un nuage, la vie était belle, tout allait bien, je pouvais me remettre à écrire plus assidûment, j’avais des perspectives de publications dans cette maison d'édition qui me fait rêver depuis presque vingt ans. J’ai eu un merveilleux Noël.

Et puis, je ne sais pas pourquoi le 26 décembre j’ai commencé à psychoter, et si la dame changeait d’avis ? Et si en fait rien ne se passait ? Putain de doutes qui m’assaillaient. Des doutes ou un pressentiment ?

J’ai attendu un message voire un coup de fil jusqu’au 7 janvier jour de la rentrée des classes. A dix-huit heures, je suis allée dans ma voiture pour l'appeler, je ne voulais pas être assommée chez moi. J’ai eu la dame, elle trouvait que l’enregistrement pdf de mon texte était trop petit et lui pétait les yeux…. Qu’il y avait quelques longueurs, que c’était dense…

—Heu, mais, ça te plait au moins ?

—Oui oui, c’est un livre de fond, faut voir, je vais demander aux commerciaux ce qu’ils en pensent…. Je réfléchis….

Mon cœur s’est arrêté.

Je devais la rappeler, lui dire les dates des commémorations, mais ici la retirada c’est tous les ans qu’on se souvient de février 1939…

J’ai rappelé, j’ai causé au répondeur.

En mai, je lui ai téléphoné pour savoir si je devais répondre à la région que je n’aurai aucune publication pour 2019, à nouveau après les sonneries d’usage (j’imagine Gil Graff qui s’inscrit sur on téléphone) je dépose ma demande sur son répondeur….

J’ai compris que je devais passer à autre chose, c’était violent, cruel même, puisque je n’en mourrais pas j’allais donc devenir plus forte( je vais finir par devenir  super baléze).

Le lundi 1er juillet je suis en route pour le rucher, j’ai des soucis avec les frelons asiatiques, il fait une chaleur à crever, bref ! J’ai la tête dans mes abeilles. Je reçois un appel téléphonique d’une dame âgée. Elle tient à me parler car elle a lu « Personne ne parlera de nous… » que lui a refilé un producteur de cinéma de ses amis.  J’écoute les louanges, elle est tellement enthousiaste que j’en ai les larmes aux yeux. Elle me demande si le roman (elle avait lu la version pdf qu’elle avait imprimée) va être réédité, qu’elle est âgée certes mais qu’elle se nourrit de projet et que si le livre venait à reparaitre, elle tenterait un scénario. Bon je lui raconte ma mésaventure (désenchantement) et elle me demande le numéro de téléphone de la dame. Je lui donne et j’essaie d’oublier, les faux espoirs me laminent.

Véra, oui, Véra Belmont, me recontacte quelques jours après. Elle est contente et me demande si je le suis aussi, si « la dame » m’a bien appelée comme elle lui a promis. Je lui ai dit la vérité : non, je n’ai eu aucun contact. Je sens Véra agacée, du coup, elle me confie que la dame lui a proposé d’autres livres à mettre en lumière…

C’est quoi ? C’est karmique mon truc ? Je ne comprends pas ce que je paye, peut-être dans une vie antérieure j’ai gaffé ?  

Arf ! Tant pis, j’y ai cru… 2020 arrive…. et, pour moi, une nouvelle vie avant l’effondrement.


travaux d'été et inspiration.

Pendant la période estivale je m’active en divers domaines, apiculture maçonnerie, maraichage, etc… Et cet été j’ai repris gout à l’écriture, voui, le « à suivre » à la fin de « chronorome, requiem… » me démangeait. Et comme je n’ai plus d’éditeur, ben du coup j’ai songé : tant qu’à ne pas être publiée autant écrire ce dont j’ai vraiment envie. 

J’ai emmené mon ordi portable à Boule d’Amont et pendant mes pauses je me suis offert le plaisir d’écrire en pleine nature à l’ombre de mon plaqueminier. C’était chouette, même si ça partait un peu dans tous les sens au niveau de l’intrique. Histoire de laisser couler le flux j’ai ouvert de nouveaux dossiers. Il y avait trop de personnages qui demandaient à vivre je les ai laissé venir. Au gré de cette sérendipité dans la narration j’ai fini par m’attacher à une gamine de six ans. J’avais comme toile de fond Villonne et je faisais évoluer mes personnages dans la classe moyenne, histoire de voir dans mon Disneyland préfasciste comment réagissaient les mous, les ceussent qui prennent parti de loin, afin de ne pas risquer de perdre leur petit confort. Pour le besoin de l’histoire, il y a eu une incursion chez les gueux… J’ai eu l’impression de revenir sur mon vrai terrain de jeux.  Là, d’un coup tout se mettait en place et s’imbriquait, j’étais bien.

Et puis mon vieux chat est mort. Quelques jours avant en rentrant un soir d’orage j’avais trouvé sans la rue un jeune martinet incapable de voler. Je l’avais installé dans une corbeille sur la terrasse et je lui donnais à manger (enfin ça ressemblait plus à du gavage, mais bon, j’avais regardé des vidéos pour apprendre à l’alimenter).

Mon veux matou qui s’étiolait ces derniers temps m’accueillait depuis quelques semaines avec des miaulements péremptoires, son truc, c’était de lui changer son eau, pratiquement toutes les heures si j’étais à la maison, et au moins dès que je rentrais. Il récriminait jusqu’à ce que je prenne sa gamelle et que je change l’eau et comme je versais celle dont il ne voulait plus dans le pot des plantes de la terrasse j’ai fini par en faire crever une à force de trop d’arrosage. Mais, c’était mon petit vieux un peu sénile et comme il continuait d’aller gentiment faire dans sa caisse ses litres de pisse (devait avoir les reins un peu niqués) je souscrivais à son caprice. Cette fois-là en rentrant je l’ai entendu miauler dans mon bureau, il avait un coin qu’il affectionnait, sous un fauteuil à bascule en fibre de bananier (59 euros chez Ikea). Je me suis dit que j’allais d’abord nourrir le piaf avant d’aller faire joujou avec la flotte du chat. Puis j’ai réalisé qu’il miaulait dans le bureau et que sa gamelle était dans la cuisine. Le piaf n’en finissait pas d’ingurgiter ses quatre boulettes et le chat miaulait. J’ai dit plusieurs fois très fort pour qu’il m’entende de la terrasse « J’arrive pépère, j’arrive ». Avec le temps son nom Simba ( le roi lion est passé par là) était devenu « pépère ».

J’avais soif, je suis passé par la cuisine boire un truc frais, le chat ne miaulait plus alors j’ai pris le temps de siroter mon panaché framboise. Lorsque je ne suis enfin montée dans mon bureau j’ai eu d’un coup un terrible pressentiment. Imbécile que je suis ! Mon pauvre matou ne miaulait pas, il agonisait… Et je suis arrivée trop tard, peut-être quelques minutes voire secondes, il était encore tout chaud.

Dans mon imagination qui m’invite à l’anthropomorphisme je me dis que se voyant mourir il s’est accroché jusqu’à mon retour et qu’il a usé ces dernières forces à m’appeler. Et moi, pendant ce temps je m’occupais d’un piaf assez con pour tomber du nid. Mon brave chat qui m’a tenu compagnie pendant 17 ans est mort, seul. J’ai bercé sa tiède dépouille jusqu’à ce qu’elle soit affreusement froide. J’ai déposé son cadavre dans un carton (détail absurde : c’était le l’emballage de l’aspirateur qui lui faisait si peur). Le lendemain avec pelle et pioche je l’ai enterré à l’ombre des merisiers sous l’œil intéressé de ma jeune chienne.

Tristesse et culpabilité ont terni ma fin d’été.

Le piaf lui va bien, enfin je l’espère, quelques jours après il s’est envolé, comme mon inspiration.

 

Une critique sympa de Phil Becker.

http://imaginr-chroniques.blogspot.fr/2017/12/vous-aurez-de-mes-nouvelles-dans-les.html